Avant d'être un squishy à 15 €, le dumpling a traversé deux millénaires de traditions culinaires à travers l'Asie. Voici son histoire condensée — et celle de sa transformation en jouet anti-stress.
Le mythe fondateur : Zhuge Liang et le baozi (IIIe siècle)
La légende la plus populaire fait remonter le baozi (l'ancêtre du bao) au stratège chinois Zhuge Liang (181-234), durant la période des Trois Royaumes. De retour d'une campagne militaire dans le sud de la Chine, Zhuge devait franchir un fleuve. La tradition locale exigeait des têtes humaines en sacrifice. Refusant cette barbarie, il aurait inventé un substitut : des pains farcis à la viande, modelés en forme de tête, cuits à la vapeur. Le mantou (饅頭) — littéralement « tête barbare » — était né.
Avec le temps, le mantou s'est sophistiqué pour devenir le baozi, garni d'une farce variée et fermé par des plis sur le sommet. C'est cette forme qu'on retrouve aujourd'hui dans le bao squishy le plus emblématique.
Le jiaozi : l'invention médicinale (IIe siècle)
Autre piste, plus ancienne encore : selon une légende populaire, le médecin chinois Zhang Zhongjing (150-219) aurait inventé un ancêtre du jiaozi pour soigner les oreilles gelées des paysans pendant un hiver particulièrement rude. Sa préparation : des raviolis en forme d'oreille, garnis d'agneau et de plantes médicinales, bouillis dans un bouillon chaud.
Ce sont ces jiaozi qui, des siècles plus tard, donneront naissance au gyoza japonais et à de nombreuses variantes asiatiques.
La route des dumplings : diffusion en Asie
Au cours des siècles, le dumpling chinois s'est diffusé dans toute l'Asie en s'adaptant aux cultures locales. Voici les grandes étapes de cette expansion :
Tibet et Himalaya : le momo
En franchissant les montagnes vers l'ouest, le dumpling chinois devient le momo. Plis fermés en fleur sur le sommet, farces aux légumes du plateau tibétain (épinards, fromage, yack), le momo s'est imposé comme l'un des plats nationaux du Népal, du Bhoutan et du nord-est de l'Inde. Son nom viendrait du mandarin « mómo » (馍馍).
Mongolie : le buuz
Les armées mongoles, en se déplaçant à travers l'Asie centrale, ont adopté le dumpling sous le nom de buuz. Plus gros, plus rustique, il est cuit à la vapeur dans un panier en bambou. C'est probablement le buuz mongol qui a ensuite influencé la Corée.
Corée : le mandu
Le mandu apparaît en Corée sous la dynastie Goryeo (918-1392), introduit par les contacts avec la Mongolie. Il se décline en plusieurs sous-types selon la cuisson : kun-mandu (poêlé), mul-mandu (bouilli), jjin-mandu (vapeur). C'est un plat emblématique du Nouvel An lunaire coréen.
Japon : le gyoza (étonnamment récent)
Surprise : le gyoza japonais est tardif. Il n'est pas introduit au Japon avant le milieu du XXe siècle, par les soldats japonais rentrés de Mandchourie après 1945. En 80 ans à peine, il est devenu un plat absolument emblématique de la cuisine japonaise populaire — preuve qu'une tradition « ancienne » peut être très jeune.
Asie du Sud-Est et au-delà
Le dumpling se diffuse aussi en Indonésie (siomay), au Vietnam (bánh bao), en Thaïlande, jusqu'aux Philippines (siopao). Chaque culture l'adapte à ses propres ingrédients et techniques.
Le xiaolongbao : l'invention shanghaïenne (XIXe siècle)
L'un des dumplings les plus célèbres au monde est en réalité récent. Le xiaolongbao (« petit panier-bao ») a été inventé au milieu du XIXe siècle à Nanxiang, banlieue de Shanghai, par un boulanger nommé Huang Mingxian.
Sa particularité technique : un bouillon gélifié à froid intégré dans la farce. À la cuisson vapeur, le bouillon fond et libère une « soupe » qui jaillit à la première bouchée. Cette innovation a fait le tour du monde et continue d'inspirer les versions squishy modernes (souvent ornées d'une petite perle nacrée représentant la goutte de bouillon).
Vers l'Ouest : les dumplings européens
L'Europe a ses propres dumplings, sans lien direct prouvé avec la tradition chinoise. Pierogi polonais, ravioli italiens, Maultaschen souabes, pelmeni russes, halušky slovaques, kreplach juifs… Cette convergence universelle (envelopper une farce dans une pâte et la cuire à l'eau ou à la vapeur) reflète probablement des chemins parallèles, croisés via les routes commerciales eurasiennes.
Le XXIe siècle : du restaurant au squishy
L'explosion mondiale de la cuisine asiatique populaire à partir des années 2010 a démocratisé le dumpling en Occident. Restaurants spécialisés (Din Tai Fung, Yang's Dumpling), food trucks, surgelés en supermarché : il devient aussi familier que la pizza.
La déclinaison squishy apparaît au milieu des années 2010 en Chine et au Japon (le concept « rebondi mémoire de forme » existait déjà sous forme de pain ou de gâteaux squishy), mais c'est la convergence avec la cuisine asiatique populaire qui a fait basculer la tendance. TikTok l'a propulsée à partir de 2023, via les vidéos « satisfying » d'écrasement et de rebond lent.
Pourquoi cette popularité maintenant ?
Plusieurs facteurs convergent en 2025-2026 :
- La familiarité culturelle avec la cuisine asiatique a atteint un seuil critique en Occident.
- Le besoin de fidgets anti-stress s'est généralisé après les années COVID et la massification du télétravail.
- L'esthétique kawaii adulte est devenue mainstream, transformant le « jouet mignon » en accessoire déco assumé.
- Les progrès du sculpting réaliste et de la peinture main ont rendu possibles des modèles bluffants.
Et après ?
La tendance ne montre aucun signe de ralentissement. Les éditions limitées se multiplient (modèles fluorescents, parfumés, lumineux, magnétiques). Les fabricants européens commencent à se positionner. Le dumpling squishy a probablement encore plusieurs années devant lui — et il sera intéressant de voir quelles autres références alimentaires asiatiques suivront (mochi, onigiri, takoyaki…).
Pour aller plus loin :
- Découvrez les 6 grands types de dumpling squishies et leurs caractéristiques.
- Lisez notre guide d'achat complet pour choisir votre premier modèle.
- Parcourez le blog pour suivre l'actualité de la tendance.